Entraîner n’est pas crier

Chaque entraîneur, je pense, veut avoir les joueurs qui prennent les bonnes décisions sur le terrain. Nous ne voulons que des joueurs avec un Q.I. basket élevé, ce que j’ai défini comme un joueur qui a la « capacité à prendre la bonne décision dans une situation donnée et à exécuter la bonne action (McCormick, 2009) ». C’est le couple perception-action : la perception est la capacité à lire le jeu et prendre la bonne décision, et l’action est l’exécution de la décision. Par exemple, dans le match ci-dessous, Lindsay Whalen lit la défense, voit Maya Moore sprinter, et décide de faire une passe aveugle, ce qui est la perception. Whalen a ensuite exécuté la passe aveugle dans la course de Moore, ce qui est l’action.

Malgré notre désir d’avoir des joueurs qui prennent les bonnes décisions, nous entraînons d’une manière limitant la capacité à prendre des décisions. J’ai arbitré de nombreux matchs de football universitaire cet automne, et à chaque match, j’entends les entraîneurs qui parlent à leurs joueurs non-stop. Hier, lors d’un match où j’ai arbitré : l’équipe visiteuse a utilisé une joueuse au poste de libéro (intentionnellement ou non) et tout au long de la deuxième mi-temps, l’entraîneur adjoint criait à la joueuse: « fait deux pas en arrière », « avance d’un pas », « Laisse rebondir de la balle une fois puis attaque la», «Faites votre ligne juste ici», «Avance d’un pas », « Recule de six mètres », etc. Pendant toute la deuxième mi-temps, il a dirigé presque chacun de ses mouvements, et c’est pourtant une de leurs joueuses les plus expérimentées.

Comment une joueuse peut-elle apprendre à prendre des décisions quand l’entraîneur lui dit exactement quoi faire à chaque moment du jeu ? L’équipe visiteuse a mené au score pendant l’ensemble du match, et l’équipe receveuse n’a pas tenté un tir au but du match. Si vous ne pouvez pas permettre à une joueuse d’apprendre dans un match où vous dominez, que va-t-il se passer dans un match avec plus d’adversité ?

La joueuse était en mesure d’accomplir toutes les actions: elle était rapide, utilisait les deux pieds, et savait comment utiliser son corps lorsque cela était nécessaire pour protéger la balle ou contester un attaquant loin de la balle. Cependant, son entraîneur a agi essentiellement comme son cerveau, et fait tout le travail de perception pour elle. Comment va-t-elle apprendre à se positionner ? Comment va-t-elle apprendre à se placer pour défendre ? Tant que son entraîneur crie des instructions toutes les secondes, elle n’apprendra rien. Elle suivra les instructions, et sera peut être efficace, mais elle n’apprendra jamais.

Ce n’est pas entraîner. Entraîner c’est enseigner aux joueurs et leur donner les moyens de prendre des décisions. Entraîner c’est avoir confiance en ce que les joueurs ont appris à l’entraînement en leur permettant de jouer pendant les matchs. Rester debout en hurlant, et diriger l’action pendant l’intégralité du match peut ressembler à du coaching, mais c’est un coaching pauvre. C’est généralement l’exemple d’un entraîneur inexpérimenté ou d’un entraîneur très autoritaire, avide de pouvoir.

Comme jeune entraîneur, j’ai trop dirigé l’action. Même la saison dernière, il y avait des moments où j’étais excité et j’ai essayé de contrôler l’action depuis la ligne de touche. En dépit des perceptions communes, ce n’est pas un bon coaching. Les joueurs doivent être en mesure de prendre des décisions.

1899898_393189317500089_8135978222549308314_nLe plus grand compliment que j’ai entendu à propos d’un entraîneur a été dit à propos de Bob Hurley. Il pourrait être issu du livre The Miracle at St. Anthony de Adrian Wojnarowski. Bob Hurley a dit à ses joueurs de St. Anthony qu’il viendrait les voir jouer lors d’un tournoi d’été. Les joueurs sont entrés dans le gymnase et se sont échauffés et ont fait tout comme si Hurley était là pour les regarder, sauf qu’il n’était pas là. Ils ont bien été entraînés sur la façon de se comporter et de s’échauffer, et la l’absence de l’entraîneur n’a pas affecté ce comportement. C’est le coaching. Lorsque vous pouvez faire confiance à votre équipe pour aller à un match sans entraîneur et de savoir qu’ils vont se comporter et jouer comme si vous regardiez, vous savez que vous avez bien préparé l’équipe.

Mon moment le plus heureux la saison dernière, c’était lors d’un match dont j’ai été exclu pour une deuxième faute technique tôt dans la seconde mi-temps. Nous avons gagné après double prolongations. Je n’ai pas d’assistant, et les joueurs ont dû se coacher eux-mêmes. Nous avons marqué dans les cinq dernières secondes du temps réglementaire de la première prolongation, et de la deuxième prolongation pour gagner le match. Beaucoup, y compris le directeur du club, y ont vu comme un signe que mon coaching était surestimé ; qu’ils pouvaient gagner sans moi. J’ai vu cela comme un signe que mon coaching progressait parce qu’ils pouvaient gagner sans moi. Nous avons juste des perspectives différentes.

Par Brian McCormick, coach & clinicien, auteur de Cross Over : The New Model of Youth Basketball Development et directeur des entraîneurs à Playmakers Basketball Development League.

Article original de juin 2008 traduit par Vincent Chetail après autorisation de Brian McCormick : Coaching isn’t yelling

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(Crédits photo : basket21.com)

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