C’est quoi un leader ? – Ettore Messina

Par Ettore Messina, ex-entraîneur du CSKA Moscou (2005/2009 et 2012/2014) et actuel adjoint des San Antonio Spurs.

Article original du 26 janvier 2008 traduit par Vincent Chetail après autorisation de Ettore Messina.
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Je voudrais commencer ce post en soulignant ce que ceux qui regardent nos matchs ont peut-être remarqué ces derniers temps. JR Holden a passé un palier et fait désormais preuve d’un leadership incroyable, non seulement en termes de points marqués ou de passes décisives, mais aussi en termes de conduite d’équipe notamment ces trois derniers mois. Si nous évaluons ses performances basket et son leadership, je pense que JR Holden joue actuellement son meilleur basket depuis que je le connais.

Bien sûr, sa confiance en lui a été fortement appuyée par la victoire de son équipe à l’Eurobasket 2009 où il a prouvé être un grand joueur face aux meilleurs meneurs, comme Tony Parker et tous les autres. Ainsi, il pourrait être intéressant de discuter de ce qu’il faut pour être un leader dans une équipe.

Il existe deux types de leadership différents. Le premier est le leadership silencieux. C’est un joueur qui conduit les autres par son exemple, par son travail acharné, par son attitude, par son sang-froid dans des situations difficiles. Le second est le leadership vocal. Il y a des joueurs qui, non seulement, conduisent les autres de manière exemplaire, mais aussi par les mots. Aux Etats-Unis, on les appelle « leaders vocaux ». Ils sont capables de parler à d’autres joueurs dans les moments difficiles, pour les aider à surmonter leurs peurs, à pousser ceux qui ne sont pas en train de faire de leur mieux. Être leader de type silencieux ou de type vocal dépend principalement de sa propre personnalité.

JR Holden

JR Holden

À mon avis, le concept de leadership est étroitement lié à la notion de responsabilité. Seuls ceux qui pourraient assumer leurs responsabilités et s’acquitter de leurs devoirs sur et hors du terrain sont généralement considérés comme des leaders dans une équipe ou dans une autre organisation.

Le meilleur joueur n’est pas toujours reconnu par l’équipe comme un leader. Il peut y avoir différentes raisons à cela. Tout d’abord, le meilleur joueur pourrait avoir beaucoup plus de talent que les autres et ne se donnerait pas à fond lors de chaque entraînement quotidien. Quand les joueurs voient que quelqu’un n’est pas à 101% tous les jours, il n’aura que peu de chances de devenir un leader. Une autre raison est que pour le meilleur joueur, c’est déjà beaucoup de porter le poids d’être le meilleur joueur et de faire tous les efforts pour aider l’équipe à gagner. Il n’a pas besoin de cette charge supplémentaire qu’est de porter la responsabilité de ses coéquipiers comme leur père ou leur frère aîné. Cela ne veut pas dire qu’il ne veut pas. C’est juste trop pour lui par rapport à ce qu’il fait déjà. Il est plus confortable d’être soutenu par les autres joueurs, au lieu de les soutenir.

Parfois, le leader est un joueur de talent moyen, qui est très travailleur, très responsable et surtout une personne empathique, capable de prendre soin des gens autour de lui. Parfois, un seul mot de lui suffit à détendre ou exciter ceux qui en ont besoin.

En tant que coach, vous ne pouvez jamais désigner un leader. C’est ce qui est le plus intéressant. Mais ce fait est plutôt incompris. Pour avoir un leader dans l’équipe, vous avez besoin que vos joueurs reconnaissent quelqu’un comme un leader. Classements et médailles ne font pas nécessairement un leader. Le groupe le définit en fonction de différents critères. D’ailleurs, leadership ne va pas toujours avec autorité et pouvoir. Le plus souvent, il est choisi au regard de ses connaissances, de son expérience ainsi que de l’attention qu’il porte aux autres.

Un coach peut aider ses joueurs à accélérer le processus de prise de leadership. Mais ce n’est jamais l’entraîneur qui décide qui est le leader. Dans les équipes que j’ai coachées, j’ai eu des joueurs qui étaient super en termes de performances et de capacité à donner l’exemple, mais pas capables ou désireux de parler à leurs coéquipiers. J’ai eu d’autres joueurs qui n’étaient pas les meilleurs, mais ils étaient très bons pour inspirer leurs coéquipiers, très bons pour souligner l’importance du rôle de chacun, pour aider chacun à assumer ses responsabilités dans le but de gagner.

De nos jours, il est plus important de voir comment vous construisez l’équipe plutôt que la façon dont vous encadrez l’équipe. Si vous trouvez les bons joueurs, qui ont la capacité d’être des leaders, vous aurez beaucoup moins de problèmes au cours de la saison. Si parmi vos joueurs, il n’y a pas de leaders, peu importe leur niveau de jeu, tout d’un coup, vous pourriez vous retrouver dans une situation difficile avec personne pour guider l’équipe.

À mon avis, en tant que coach, vous ne pouvez pas être un leader dans le vestiaire. Vous pouvez faire respecter à l’équipe certaines règles, mais vous devrez toujours compter sur le fait que l’équipe a un, deux ou trois leaders à l’intérieur du vestiaire.

Au cours de mes trois années avec le CSKA, nous avons eu beaucoup de leaders sur et hors

David Vanterpool

David Vanterpool

du terrain. Nous sommes passés de Sergeï Panov, à David Vanterpool, puis à Trajan Langdon, puis à JR Holden et ainsi de suite. A différents moments, nous avions besoin de différents types de leaders et nous avons toujours eu exactement ce dont nous avions besoin.

Dans une certaine mesure, tout le monde peut devenir un leader, à condition qu’il accepte ses responsabilités, surtout sous pression. Quand vous montrez que vous êtes en mesure de bien faire votre travail sous pression et que vous n’avez pas peur de prendre vos responsabilités, il y a toujours quelqu’un qui va suivre votre exemple, même si vous ne dites pas un mot.

La capacité à coexister avec d’autres personnes et à travailler avec des objectifs communs est l’essence même du leadership. Si vous pensez qu’être leader, c’est la possibilité de s’élever au-dessus des autres, je pense, vous êtes sur la mauvaise voie. J’ai vu plusieurs exemples menant l’équipe dans la mauvaise direction. Heureusement, ils sont très peu nombreux. Les leaders négatifs (dans le sport ou dans tout type d’organisation) ont également une bonne capacité à influencer les autres, mais ils sont conduits, d’abord et avant tout, par leurs objectifs personnels. Ils desservent les autres, mais par leurs paroles, ils peuvent se faire considérer comme de véritables leaders.

Même un jeune joueur pourrait devenir un leader d’une journée. Tout ce dont il a besoin, c’est d’assumer ses responsabilités et de remplir les devoirs qui vont avec ses responsabilités. Le meilleur leader est quelqu’un qui est vraiment, vraiment heureux quand son équipe gagne, peu importe la façon dont il a joué. Si vous avez juste un peu de ressentiment pour votre performance individuelle, ou si vous n’êtes pas simplement heureux pour les autres, il sera plus difficile pour vous de conduire l’équipe. Être un vrai leader, c’est prendre la responsabilité de l’équipe dans son ensemble.

Bien sûr, il est plus difficile pour un jeune joueur de devenir un leader. Si vous êtes jeune, vous devez montrer vos capacités à jouer sous pression et à jouer à un très haut niveau dans les moments cruciaux du match pour être considéré comme un leader. Il est très rare pour les jeunes de prendre le leadership vocal dans l’équipe. Mais il y a des exceptions car, dans une certaine mesure, le leadership est une qualité innée. L’histoire est pleine d’exemples. Jeanne d’Arc a conduit l’armée française quand elle avait dix-huit. Jésus a conduit le peuple avant la vingtaine.

Dans toute équipe, il y a deux possibilités : soit le leadership est partagé à l’intérieur de l’équipe soit le leadership est entre les mains d’une seule personne. Je ne pense pas que ce soit bon pour l’équipe d’avoir un seul leader. Au CSKA, nous avons beaucoup de personnes qui peuvent nous conduire en fonction des circonstances. C’est quelque chose qui est propre à notre équipe. Lorsque nous avons besoin d’un leader, nous en avons un ou même plusieurs, en particulier en fin de la saison. La plupart de nos joueurs sont soit des leaders, soit ont le potentiel pour le devenir.

Au début de la saison, l’équipe tente de trouver l’équilibre intérieur avec l’aide de différents types de leadership portés par différents joueurs. Le risque de perdre est plus élevé au cours de cette période. L’équilibre n’est pas seulement à propos de la répartition des minutes, des tirs, des rebonds, il s’agit de décider qui montrera le chemin en fonction des circonstances, c’est une question de crédibilité.

Matjaž Smodiš

Matjaž Smodiš

Aussi, l’équipe doit trouver un nouvel équilibre quand les joueurs clés se blessent. Par exemple, Matjaž Smodiš est l’un de nos leaders. Après sa blessure, il a été nécessaire pour les autres joueurs de redistribuer les rôles principaux. Il a fallu un peu de temps, mais maintenant c’est fait. Lorsque Matjaž Smodiš reviendra, nous aurons besoin de rééquilibrer à nouveau.

C’est le parfait exemple d’un équilibre dynamique qui évolue constamment. Pour moi, c’est la partie la plus intéressante de notre travail, pas seulement dans le sport, mais, de façon générale, dans toutes sortes d’organisations. Ce que nous avons maintenant en termes d’équilibre pourrait être différent dans deux ou trois mois. Certains joueurs se blessent, d’autres améliorent beaucoup leurs performances et méritent plus de crédibilité et donc montrent des compétences différentes. En conséquence, vous avez une situation totalement différente. Ce n’est pas pire ou mieux, c’est juste différent. Chaque situation, chaque expérience rend les gens différents et les relations entre eux changent très souvent. Vous ne pouvez plus compter sur ce que vous aviez dans le passé, vous avez besoin de remodeler ce que vous avez pour vous adapter à l’avenir.

Dans le sport (et c’est pourquoi les gens qui étudient le comportement organisationnel se concentrent sur le sport), où nous avons grand nombre de matchs à jouer et un niveau élevé de pression à supporter, tous ces facteurs sont accélérés. C’est comme dans une réaction chimique, où les attentes de beaucoup de gens font courir plus vite. Les mêmes choses se produisent dans des banques, des bureaux et d’autres organisations. Les gens partent, ils reviennent, ils sont promus, ils démissionnent. Ils connaissent le succès, l’échec, le stress et à la fin ils ne sont pas les mêmes. Mois après mois, ils changent. Et à chaque fois, nous avons besoin de trouver un nouvel équilibre.

Cependant toute cette pression, toutes ces attentes font une énorme différence. Dans la vie de bureau normale, si vous faites une erreur, presque personne ne s’en apercevra. Cela se passera derrière les portes closes de votre bureau. Ici, vous êtes aux yeux de tout le monde. Tous les processus sont fortement influencés par le fait que nous sommes jugés par le public. Cela peut provoquer un gros problème d’ego, un grand malaise à cause de l’opinion des autres. Parfois, vous êtes obligés de changer votre comportement juste pour protéger votre position. Être sous le feu des projecteurs est une pression incroyable. Vous devez jouer au meilleur niveau à chaque fois. Ainsi, vous devez avoir un leader à chacun des matchs.

Traduction de l’article : What it takes to be a leader

issu du site Sports.Ru

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