Ce qu’il faut à un jeune joueur pour jouer dans une grande équipe – Ettore Messina

Par Ettore Messina, ex-entraîneur du CSKA Moscou (2005/2009 et 2012/2014) et actuel adjoint des San Antonio Spurs.

Article original du 10 décembre 2007 traduit par Vincent Chetail après autorisation de Ettore Messina.
 

BASKET-EURL-ISR-RUS-MACCABI TEL AVIV-CSKA MOSCOWAvant le match contre Saint-Pétersbourg, j’avais dit à mes jeunes joueurs que ce match serait beaucoup plus difficile pour eux que lors de notre bataille avec TAU en Euroligue. Ils me regardaient surpris et je leur ai expliqué qu’à Vitoria, ils ont été appelés à jouer quelques minutes et à faire des erreurs en raison d’une intensité incroyable et du grand talent de notre adversaire. Les spectateurs, moi-même et même leurs coéquipiers n’attendaient pas beaucoup d’eux. Ils sont entrés en jeu pendant quatre-cinq minutes, sans aucune sorte de pression et chacun d’eux a marqué au moins un panier. Ils ont joué avec beaucoup de concentration et d’ailleurs tout le monde était très heureux pour eux.

En Superleague (l’équivalent de notre ProA en Russie, NDLR), il y a une règle qui oblige d’avoir au moins deux joueurs russes sur le terrain en même temps. Dans ce match, nous les attendions pour nous aider. Nous en avions besoin pour compenser l’absence de Alexeï Savrasenko, qui comme certains de nos leaders, a eu besoin de repos après un match important à Vitoria. En fait, nos leaders ont encore une fois fait un très bon match contre le Spartak Saint-Pétersbourg, même si Trajan Langdon et David Andersen ont eu un pourcentage aux tirs plus faible que d’habitude. La performance de nos jeunes joueurs (à l’exception d’Anatoly Kashirov qui mis 6 points et pris 4 rebonds en 14 minutes) a été décevante.

davidandersen (1)

David Andersen

Faisons une hypothèse. Ces jeunes sont physiquement et techniquement prêts à jouer à ce niveau. Donc, c’est seulement une question de préparation mentale, de travail mental, ce qui crée une différence incroyable. Les jeunes joueurs sont fortement tributaires de leurs performances : ils sont fortement inspirés par les bonnes performances et très frustrés par les mauvaises. Ils ne comprennent pas, en raison de leur âge, que pour devenir de bons joueurs, ils devraient être réguliers dans les bons comme dans les mauvais jours. A notre niveau, nous ne pouvons pas nous permettre d’enchaîner un grand match puis un autre de mauvaise qualité. Nous devons a minima jouer le deuxième match à un niveau moyen.

Si vous êtes un jeune joueur dans une grande équipe, vous aurez toujours votre chance parce que l’attention de la défense sera fixée sur les joueurs clés de votre équipe. Ainsi, vous pouvez participer au jeu, si vous vous appliquez en défense, si vous prenez les rebonds et si vous prenez les tirs quand vous êtes ouvert. Il y aura beaucoup de moments où votre défenseur vous laissera ouvert, en allant aider ses coéquipiers. C’est à ce moment précis que vous devrez être extrêmement déterminé à tirer. Vous ne devrez pas perdre votre temps à réfléchir si vous êtes ouvert ou non. Cela ne fera que provoquer des erreurs. Vous devez également être un tireur extérieur efficace, car ce que la défense va vous donner d’abord et avant tout c’est un tir extérieur. Vous aurez rarement l’occasion de pénétrer.

Malheureusement, la plupart des jeunes joueurs ne comprennent pas l’importance de développer un tir extérieur fiable. Ils comptent davantage sur leur pénétration en dribble ou quelques mouvements étranges. C’est drôle mais la plupart des jeunes joueurs américains qui viennent en Europe ont exactement le même problème. Ils pensent qu’avec leur détente et leur capacité à pénétrer avec le ballon, ils peuvent résoudre beaucoup de situations offensives. Ils ne comprennent pas que, à notre niveau la défense va d’abord leur donner un tir extérieur. Seulement alors, si vous prouvez que vous êtes un joueur adroit, la défense sera agressive et cela va vous ouvrir un peu d’espace pour la pénétration en dribble.

« L’importance de chaque possession est extrêmement élevée. »

Une autre raison qui rend difficile le fait de jouer dans une grande équipe pour les jeunes joueurs est que l’importance de chaque possession est extrêmement élevée. Dans les équipes de niveau moyen, les joueurs peuvent se permettre plus d’erreurs. Et les jeunes joueurs resteraient sur le terrain pendant de nombreuses minutes, parce que ces équipes peuvent se permettre plus de défaites. Dans une grande équipe, comme la nôtre, ce n’est pas possible.

En Italie et en Espagne, lors des 10-15 dernières années, la plupart des jeunes joueurs qui sont devenus des stars, jouaient dans des équipes de niveau moyen. C’est très rare qu’un jeune joueur de talent se soit développé dans une grande équipe, parce que c’est très difficile pour lui d’y obtenir suffisamment de temps de jeu. Permettez-moi de vous donner quelques exemples. Rudy Fernandez joue à Badalona qui est une bonne équipe, mais ce n’est pas Barcelone ou le Real Madrid. Danilo Gallinari joue à Milan, qui est aussi une équipe de niveau moyen. C’était différent pour Andrea Bargnani. Il était non seulement extrêmement talentueux, mais physiquement et mentalement prêt à jouer dans une équipe de haut de tableau, comme la Benetton Trévise. Cependant, c’est une exception. La plupart des stars des années 70 comme Roberto Antonello et Riva Brunamonti ont grandi dans des équipes de niveau moyen, où ils avaient plus de chances de jouer et d’apprendre en faisant des erreurs.

La plupart des jeunes joueurs avec qui j’ai travaillé au CSKA ont vécu beaucoup de moments difficiles pour rester compétitifs sur les entraînements et pour obtenir quelques minutes de jeu pour deux raisons. Parfois, ils ont trop de respect pour les joueurs vétérans. Parfois, au fond ils ne croient pas que, même s’ils font bien, ils auront du temps de jeu. Ils développent donc une mentalité de joueurs d’entraînement. Cela signifie que, parfois, ils ne sont pas prêts quand il est temps d’entrer en jeu dans le vrai match.

Alexey Shved

Alexey Shved

Cependant, il y a des exceptions. J’aime la façon dont Alexey Shved a travaillé ces dernières semaines. Il était le plus compétitif parmi nos jeunes joueurs à l’entraînement et s’il continue à travailler de la même façon, je pense que son moment viendra. La seule façon pour un jeune joueur de devenir régulier est de se discipliner sur et hors du terrain et ainsi d’améliorer sa motivation défensive qui est, la plupart du temps, proche de zéro.

Une autre chose importante à propos de jeunes joueurs, c’est qu’ils n’ont aucune idée de ce que la défense est. C’est vraiment décevant de constater que même quand ils arrivent à notre niveau, ils n’ont aucune idée de ce que signifie « être agressif en défense ». Malheureusement, la défense n’est pas le point fort de la plupart des joueurs russes. Vous pouvez le voir chez la plupart des jeunes joueurs russes jouant en Superleague et les équipes nationales juniors. Ils sont très talentueux offensivement, mais la plupart d’entre eux ont deux défauts majeurs, à mon avis: l’agressivité en défense et la capacité à passer la balle en attaque. Du fait de leur incompétence défensive, il est difficile pour nos jeunes joueurs d’obtenir du temps de jeu. D’ailleurs, au CSKA vous devez d’abord bien défendre pour pouvoir avoir quelques minutes sur le terrain.

« En tant que jeune joueur, vous n’aurez jamais l’occasion de marquer beaucoup de points si vous abandonnez défensivement. »

En tant que jeune joueur, vous n’aurez jamais l’occasion de marquer beaucoup de points si vous abandonnez défensivement. Peu importe les compétences offensives que vous pourriez avoir. Pour obtenir du temps de jeu, il faudra que je n’aie pas peur de vous mettre sur le terrain dans un match important. Même si vous défendez sur un adversaire plus grand, plus fort et plus expérimenté, vous devrez au moins essayer de le priver de ballon. Malheureusement, il est très fréquent pour les jeunes joueurs d’accepter simplement la façon dont les choses sont et de pas même essayer de dicter leur jeu à l’adversaire. Et puis, ils ont tous des prétextes, toutes les excuses du monde.

Chaque fois qu’un jeune joueur effectue un bon match, il reçoit beaucoup d’attention des médias, ce qui je pense est très important. Mais pour être un bon joueur, ils doivent immédiatement mettre ce match derrière eux. Le match le plus difficile est toujours le suivant. Ce ne sont pas les coups d’éclats occasionnels qui comptent, mais bien la régularité en fait.

La vérité est que, sur 10 jeunes joueurs que vous avez, un seul peut devenir un bon joueur. Tout dépend de leur agressivité, de leur détermination, et de leur capacité à être prêt mentalement et physiquement. Il y a un point où un entraîneur ne peut rien faire. Je peux essayer de les pousser, de les provoquer, mais ce sera toujours grâce à eux-mêmes qu’ils deviendront des joueurs réguliers.

Il y a 30, 20 ou même 10 ans, les joueurs n’avaient pas un centième de ce qu’ils ont maintenant en termes de conditions, de salaires et d’attention des médias. Ils ont du lutter du matin au soir pour progresser, parce que devenir bon joueur pourrait changer leur vie. À l’époque, il y avait beaucoup plus d’envie de devenir quelqu’un dans le basket. De toute évidence, nous ne pouvons pas recréer cette situation. Nous devons trouver un autre moyen pour leur montrer le chemin, peut-être en remettant en cause leur ego et leurs valeurs. En les aidants à comprendre qu’ils ne peuvent pas toujours trouver des excuses à leur mauvaise performance, mais qu’ils doivent trouver le courage de dire: «C’est vrai. J’ai mal joué. Je ne me suis pas préparé. Je n’ai pas bien joué parce que je n’étais pas assez prêt » au lieu de toujours blâmer les entraîneurs, les coéquipiers ou la malchance. La seule chose que nous pouvons faire en tant que professeurs est de les aider à grandir mentalement. Toutefois, la capacité à accepter les responsabilités de la part des jeunes joueurs est très pauvre. Non seulement en Russie, mais presque partout.

Si vous les forcez à travailler 6 heures par jour, ils vont travailler 6 heures. Mais ! Je n’ai jamais vu la plupart d’entre eux dans le gymnase faire du travail supplémentaire avant ou après l’entraînement sans que je le leur aie dit. Parfois, il semble qu’ils travaillent pour moi, et pas pour eux-mêmes. C’était exactement pareil en Italie. Ceux, qui sont différents, aiment le jeu, ont une farouche détermination à améliorer leur jeu – à devenir des stars. C’est aussi simple que cela.

Traduction de l’article : What it takes for a youngster to play in a top team

issu du site Sports.Ru

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4 commentaires pour Ce qu’il faut à un jeune joueur pour jouer dans une grande équipe – Ettore Messina

  1. Filali dit :

    Il faut aimer défendre pour arriver au haut niveau

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  2. mechin dit :

    Très bien fait cet article et pure réalité! !!!!!!!!!

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  3. Ping : Comment aider votre enfant à devenir un sportif professionnel – Ettore Messina | basketballcoachbob

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